Fédération des Très Petites Entreprises

 
 
 
 
 
 
 


 
 
 
 

Aux sources de la Communauté européenne

Débat avec Georges BERTHOIN ancien directeur de cabinet de

Jean MONNET 

                       Un rappel de  l ' histoire de l  Europe

 

Nous remercions Georges BERTHOIN pour son brillant exposé et  sa force de conviction infatigable  ainsi  que   les    entrepreneurs  présents  qui  ont  participé  à  la qualité  de ce débat dans  un cadre  historique .

Pour nous tous ,  ce débat nous a  permis  de redécouvrir un grand  moment de  l’Histoire de l’ Europe   et un message d ‘espoir donné  par nos ainés ..

Propos liminaires aux questions qui seront posées à notre invité
concernant les réflexions à mener et les actions à mettre en oeuvre
en réponse aux lois extraterritoriales américaines.
Gaulliste pendant la guerre et entré dans la résistance en 1940 à
l’âge de 15 ans, Georges Berthoin nous fait l’honneur de partager
« une tranche de sa vie », une page de notre histoire, pour
comprendre un parcours qui mène à l’Europe. Il commence son
propos en rappelant la toute puissance des communistes sur le plan
politique, pendant la Résistance et ensuite. Leur objectif était de
libérer le territoire pour en même temps enclencher une révolution
populaire comme le fit plus tard Viêt Minh au Vietnam. A leur
projet, s’opposerait celui de l’unité européenne.
Georges Berthoin plante le décor au sortir de la guerre. D’un côté,
l’ambition américaine de se préoccuper de la reconstruction
européenne après ses deux interventions militaires qui furent
décisives dans l’issue des deux guerres mondiales, déclenchées
entre européens. D’où le financement d’un plan Marshall, (offert à
toute l’Europe y compris à l’URSS qui a commis l’erreur
stratégique de la refuser) et la stratégie selon laquelle il était de
l’intérêt de la paix que la restauration des souverainetés nationales
se fasse "l’une avec l’autre" et non plus "l’une contre l’autre".
Il expose comment, de l’autre côté, il fallait que cette restauration
se produise conformément à la souveraineté nationale que chaque
pays européen souhaitait retrouver en reconstituant son identité.
Au détour de quelques anecdotes, Georges Berthoin évoque ces
circonstances qui ont conduit Jean Monnet et Robert Schuman à
proposer le 9 mai 1950 un début de construction européenne.

Il met l’accent sur le rôle de la foi catholique dans l’importance du
lien profond et de la compréhension politique qui se sont établis
entre Schuman, Adenauer et Gasperi. L’idée de « l’Europe » était
une espérance puissante, notamment pour « les bousculés de
l’histoire », anciens combattants, déportés, appartenances
religieuses, et toutes les populations victimes "collatérales" de la
guerre.
La vision de départ était de nature fédéraliste. Comme pour tout
fédéralisme, elle dépendait de ce que ses composantes voulaient
bien y mettre. Ce nouveau système a pris son encrage dans le
système de la Confédération helvétique et dans le fédéralisme des
États Unis d’Amérique où, comme on semble l’oublier, les États
qui le composent, demeurent farouchement souverains, sauf dans
les domaines qu’ils ont décidé de gérer en commun.
D’où la création de la CECA, première étape vers une
Communauté Européenne politique composée de ce que certains
États européens ont déjà choisi de mettre en commun, dans un
cadre inspiré de leur tradition chrétienne et humaniste. Cette étape
allait se développer selon la supranationalité par secteur, charbon,
acier, nucléaire civil. Mais ce modèle était supposé évoluer selon
le principe simple du début qui parvenait à faire vivre ensemble
souveraineté nationale et action commune : car dans tout absolu, il
existe des éléments communs. Il faut les découvrir et proposer leur
traitement à l’examen de chacun. C’est le rôle central que les
Pères fondateurs donnaient à la Commission européenne. Selon le
slogan bien connu dans les milieux européens : la Commission
propose, les Gouvernements disposent. (C’est ce qui a été
édulcoré quand on est passé à l’Union européenne où domine la
relation intergouvernementale traditionnelle.) Cette forme
nouvelle de gouvernance a influencé la pensée de nombreux
dirigeants du monde à la fin de la Guerre froide dont le président
George Bush (père), ou Michael Gorbatchev, lorsqu’ils
cherchaient comment organiser ce commencement historique...
L’Union européenne d’aujourd’hui a des difficultés à acquérir le
poids politique qui lui permettrait de mieux défendre les intérêts
matériels et moraux des pays qui la composent. Elle est dépassée
par les évènements majeurs qui illustrent les changements sans
précédent qui se produisent dans chaque personne, chaque pays et
dans l’humanité entière. Elle les comprend, mais elle n’a pas les
moyens de les gérer. D’où la frustration et l’hostilité de l’opinion.
Le processus permettant de travailler ensemble sans se renier ou
s’amoindrir, aurait dû se dérouler sur un temps long (10-15 ans, le
temps de l’adaptation). Il a perdu de sa force d’attraction sous
l’effet des replis sur soi qui à terme provoquent toujours la
confrontation.
Toute l’actualité montre la nécessité d’Europe. Quelques exemples
: les orientations actuelles de l’Italie résultent en grande partie, sur
la question des migrations, de l’absence de solidarité européenne
Elle continuera à en avoir besoin. Elle n’est pas la seule. Nous
souffrons tous de la concurrence déloyale ou des chantages
commerciaux. Comment avoir le poids pour nous défendre et
donner de la crédibilité aux mesures que nous serions tous amenés
à prendre pour être respectés. Ou pour obtenir des règles qui
s’appliquent également partout, comme notamment dans le
domaine climatique. Comment faire que nos choix fondamentaux
ne résultent pas de technocrates mais bien des politiques désignés
par chaque peuple selon ses institutions nationales et européennes.
Comment protéger l’amitié franco- allemande qui a libéré les
jeunes générations des blocages autrefois nécessaires.
Ces questions se posent aujourd’hui à chacun.

Georges Berthoin pense que l’ensemble institutionnel européen qui existe
aujourd’hui permet de répondre à ces questions existentielles. Il
suffit de les utiliser différemment et mieux. Il cite une institution,
en apparence oubliée, le Conseil économique et social européen
qui devrait jouer un rôle plus important dans la recherche et la
définition de l’intérêt commun parce qu’à l’abri des controverses
politiques qui sont légitimes et nécessaires à la vie démocratique.
De même en France ajoute-t-il.
Concernant la crédibilité de la parité euro/dollar, la même question
se pose. N’a-t-on pas besoin en plus d’une réalité économique,
d’un pouvoir politique. De même, sur la question de la création
d’une fiscalité européenne et notamment son application aux
GAFA et à tous ceux qui utilisent la dimension du plus grand
marché du monde : l’Europe. Elle n’a pas encore les moyens
politiques de son poids commercial et industriel, le plus important
au monde. Selon notre interlocuteur, il y a urgence face à la
montée en puissance de la Russie. Si la construction européenne
s’effondrait, l’Allemagne n’aurait pas trop de difficultés à s’en
rapprocher. Cette fin de l’Europe unie n’est dans l’intérêt de
personne et en particulier de la Russie. Il pense que Poutine
commet une erreur stratégique en ne voyant pas l’intérêt pour lui
d’avoir comme voisine une Europe économiquement forte dont
l’ADN d’origine est pacifique .
Pour conclure, ce véritable pouvoir européen peut être renforcé en
efficacité et légitimité sur la base des traités existants. Il suffit
qu’en Conseil, les chefs d’Etat et de gouvernement le décident.
Quand les États Unis ont vécu l’une des plus dangereuses crises de
leur histoire, mettant même en cause leur unité et leur démocratie,
Roosevelt a inventé le New Deal. Nouvelle stratégie économique,
solidarités humaines nécessaires, grands travaux. Il a ressuscité le
rêve américain. Pourquoi pas nous ? pour notre rêve, celui "des
bousculés de l’Histoire", conclut notre invité.

 

 

 
Dernière modification : 30/04/2019