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billet de Paul Goldschmidt

 

Le Sommet Européen :

 

Le Conseil se trompe d’Agenda !

 
Les chefs d’Etat et de Gouvernement se sont réunis une fois de plus dans un climat d’urgence engendré par la question des réfugiés. Comme la réunion des Ministres de l’Intérieur qui l’a précédée, ce sommet a accouché d’un communiqué lénifiant  dont le message visait à démontrer  (sans convaincre) que « l’Europe a su se montrer à la hauteur du défi et prendre ses responsabilités ! ».
 
Pourtant l’urgence n’est pas seulement – ni principalement – dans le traitement des problèmes, aussi essentiels soient-ils, que représentent la gestion des flux de réfugiés et de migrants, la crise grecque et celle plus large de la gouvernance de l’Union Monétaire, le « Brexit » ou encore des problèmes géopolitiques au Moyen Orient et en Ukraine à intégrer dans le cadre d’une « politique de défense commune ». L’accumulation de ces dossiers, qui font apparaître des fractures à géométrie variable entre pays membres, impose de mettre au cœur du débat la réforme de la gouvernance de l’Union elle-même, sous peine de paralyser totalement son fonctionnement, entrainant son inéluctable implosion. Cet impératif découle de l’interconnexion évidente de l’ensemble de ces questions qui doivent être traités de front.
 
La réaction de l’opinion publique vis-à-vis des demandeurs d’asile, tant dans sa dimension positive de solidarité que dans celle du rejet véhiculé par les milieux nationaux-populistes, démontre que le projet européen dépasse de très loin un objectif purement économique et financier (zone de libre-échange) mais doit aussi intégrer concrètement les valeurs humanistes déclinées dans le préambule et les articles du TUE pour survivre.
 
C’est donc l’opportunité unique qui s’offre aux élus à tous niveaux, d’apporter la preuve que l’UE est la pierre angulaire, seule capable de soutenir un édifice à même d’affronter de façon cohérente les défis multiples auxquels le continent se trouve confronté. Chaque pays n’obtiendra certes pas toutes les solutions auxquelles ses citoyens aspirent mais aucun d’entre eux, agissant seul, ne sera capable d’apporter des réponses globalement plus satisfaisantes. La clameur des grecs pour conserver l’euro - confirmé par leur vote pour accepter l’austérité annoncée par Syriza - en est une démonstration éclatante.
 
Une gouvernance qui permette de prendre en compte l’intérêt général européen comme étalon prioritaire par rapport aux intérêts nationaux est la condition sine qua non de la pérennité du projet européen. Cette hiérarchie des normes existe dans tous les grands pays avec qui nous partageons la planète. Si on rejette ce principe, au nom d’une idée fausse que l’Union de 28 démocraties doit - sans transferts de souveraineté - déboucher sur une Union démocratique, the alors il vaut mieux gérer de concert le démantèlement de l’Union et laisser chacun face à son destin et au déclin inévitable de l’Europe.   
 
Il doit être possible de construire un argumentaire convaincant qui réconcilierait les citoyens avec l’Europe : cela va bien au-delà du refrain tant rabâché de la paix, qui a perdu une grande partie de sa signification auprès des plus jeunes générations, mais redevient d’actualité tant aux frontières que nous nous empressons de réinstaurer qu’à l’intérieur des pays menacés par le terrorisme. La crise migratoire est en elle-même un témoignage irrécusable de l’attractivité de l’Union aux yeux du reste de l’humanité. L’Europe a apporté à ses citoyens des libertés et une prospérité considéré es – à tort – comme allant de soi et dont la perte serait particulièrement douloureuse. La monnaie unique a servi de rempart lors de la crise financière, non seulement aux pays membres de l’UEM mais aussi aux autres membres de l’UE dont l’économie était protégée par le « marché unique ». Si l’UEM n’a pas délivré toutes ses promesses, c’est faute d’avoir achevé son architecture et d’avoir imputé à l’Euro la responsabilité de déboires qui relevaient de la (in)compétence des gouvernements nationaux. Quant à la prospérité, c’est la crise financière mondiale qui l’a fragilisée et si les pays de l’UEM semblent éprouver plus de difficultés à s’en extraire, c’est qu’ils ne se sont pas dotés des instruments nécessaires (au-delà d’une politique monétaire partagée) dont peuvent se prévaloir nos partenaires. Cette faiblesse est d’autant plus visible que la croissance mondiale est à nouveau remise en question.
 
C’est l’ensemble de ces acquis incontestables qui doit être versé au crédit de la construction européenne et dont il faut faire prendre conscience à l’opinion publique au lieu de présenter des arguments purement défensifs dénués d’enthousiasme et de perspectives. De même, dans le dossier clef du « Brexit » qui pollue les relations entre pays membres, l’Union doit adopter une position offensive mettant la Grande-Bretagne face à ses responsabilités au lieu de rechercher des compromis boiteux qui ne font que compliquer davantage la mise en œuvre d’un partenariat constructif. D’ailleurs avant le vote des anglais il n’y a rien à négocier : à ce que je sache, le Conseil Européen n’a pas mandaté formellement la Commission (qui a créé unilatéralement une task force à cet effet) de négocier avec la Grande-Bretagne.
 
Dans le contexte actuel, nous ne pouvons nous permettre le luxe d’adopter une démarche progressive comme semble le recommander, par exemple, le « Rapport des 5 Présidents », étalant la réforme de l’UEM sur 10 ans, pas plus que nous ne pouvons admettre que celle-ci soit entravée par les pays non membres. Ainsi toutes les dérogations accordées aux pays membres devraient être progressivement éliminées et la Grande-Bretagne invitée à rejoindre l’UEM au cas où elle voterait de demeurer au sein de l’UE.
 
Toutes ces réformes structurelles et de gouvernance devraient être négociées dans le cadre d’une conférence intergouvernementale préparant une révision fondamentale des traités où les revendications de l’ensemble des pays membres - et non celles de la seule Angleterre – seraient débattues. Le nouveau traité prévoirait que la non ratification du résultat par un ou plusieurs pays vaudrait notification de la volonté de retrait de l’Union conformément aux procédures du traité de Lisbonne.
 
En conclusion, tout en gérant les urgences dictées par les évènements, la priorité absolue qui échoit au Conseil Européen est de définir le plus rapidement possible les paramètres qui permettront de donner une nouvelle impulsion à la construction européenne et d’endiguer les dérives qui entraînent insensiblement l’Europe à reproduire les erreurs des années 1930. Il s’agit de veiller à établir un juste équilibre entre la solidarité et les obligations des partenaires tout en dotant l’UE d’une structure institutionnelle qui donne une force contraignante à la hiérarchie des normes et à leur application par les autorités européennes, nationales et locales.
 
Si un tel ordre du jour s’avère au-delà des capacités de nos élus, ils devraient s’entendre sur des mesures aptes à éviter le chaos qui résulterait d’une implosion de l’Union forcée par les marchés ou le mécontentement populaire. L’inaction ou la tergiversation sont inacceptables.
 
Bruxelles, le 24 septembre 2015
 
Paul N. Goldschmidt

 
 

 

 
Dernière modification : 26/09/2015